Omoiyari : attention, considération et conception pour les autres
Sep 28, 2026
Réponse courte : Omoiyari (思いやり) signifie porter attention à la situation, aux sentiments ou aux besoins d’une autre personne et agir avec considération. On le traduit par empathie, attention, prévenance ou considération, sans équivalent parfait.
Pour l’artisanat et le design, la question devient très concrète : le maker a-t-il réellement pensé à la personne qui utilisera l’objet ?
Que signifie Omoiyari ?
Les dictionnaires japonais décrivent 思いやり comme le fait de se soucier de la situation ou des sentiments d’autrui. Le verbe apparenté contient aussi l’idée d’imaginer ou de penser vers quelqu’un qui n’est pas immédiatement devant soi.
Omoiyari est-il identique à l’empathie ?
Les concepts se recoupent, mais pas parfaitement. Des travaux récents parlent d’une empathie fondée sur une attention étroite. En français, « considération » ou « prévenance » peuvent parfois être plus justes que « empathie ».
Omoiyari est-il une méthode de design japonaise ?
Non. Nous ne devons pas prétendre que tous les designers japonais suivent Omoiyari comme une méthodologie formelle. L’idée est plutôt une lentille utile : avons-nous assez pensé à l’utilisateur réel ?
La considération peut devenir physique
Un objet n’éprouve évidemment pas d’empathie. Mais l’attention humaine peut s’incarner dans des dimensions, surfaces, mécanismes et instructions : angle d’une poignée, pression nécessaire, entretien, nettoyage, rangement ou prévention d’une erreur fréquente.
Omoiyari et artisanat
L’image romantique de l’artisanat se concentre sur le maker : discipline, patience, années de pratique. Pourtant, l’outil sera utilisé par quelqu’un d’autre. Cela crée une autre exigence : le maker comprend-il suffisamment l’utilisateur ?
Omoiyari et Monozukuri
Monozukuri concerne la fabrication et le savoir intégré au fait de produire. Omoiyari ajoute une question complémentaire : produire pour qui ?
Omoiyari et Kaizen
Kaizen peut améliorer le processus de l’intérieur. Omoiyari peut changer ce que l’on choisit d’améliorer. Réduire cinq secondes d’assemblage est utile ; rendre un outil moins fatigant pour son propriétaire peut l’être davantage.
Omoiyari et Shoshin
Shoshin aide l’expert à retrouver ce que la familiarité lui cache. C’est essentiel pour concevoir pour un débutant qui ne connaît ni le geste ni la logique du mécanisme.
Ce n’est pas « le client a toujours raison »
Comprendre le besoin ne signifie pas accepter toutes les demandes. Un artisan peut refuser une modification qui affaiblit l’outil ou le rend dangereux, tout en prenant au sérieux le problème sous-jacent.
Quand un bon design devient invisible
Certains détails sont à peine remarqués : l’objet tombe naturellement dans la main, on comprend où appuyer, le nettoyage est simple, la fatigue est moindre. L’absence d’irritation peut être la trace d’une attention en amont.
Questions à poser à un maker
- Pour qui avez-vous conçu cet objet ?
- Quelle partie a été pensée autour de la main ?
- Que trouvait-on difficile dans l’ancienne version ?
- Quel détail existe à cause d’un retour client ?
- Que comprennent mal les nouveaux utilisateurs ?
- Quelle amélioration demande beaucoup d’effort mais reste presque invisible ?
Ce que Omoiyari ne signifie pas
- pas une méthode universelle du design japonais ;
- pas un synonyme d’omotenashi ;
- pas la preuve que tout produit japonais est centré utilisateur ;
- pas deviner à la place de parler aux utilisateurs ;
- pas un stéréotype culturel.
L’attention du maker ne devrait pas s’arrêter à l’objet. Elle devrait s’étendre à la personne qui l’utilisera.